Espoirs avortés

Ce soir-là, après le bal masqué, Max rentrait seul chez lui. Il portait sa cagoule en forme de tête de mort qui avait attiré l’attention sur lui toute la soirée. Il n’y avait presque plus personne dans la rue qui n’était pas bien éclairée. Max était seulement à quelques mètres de sa maison quand, subitement, il ressentit une forte douleur à la tête, comme s’il avait reçu un coup de bâton au milieu de son crâne. Il cria de douleur et tomba dans la rue.

Il entendit à peine les cris affolés de sa mère que quelques badauds restés dans la rue, étaient certainement partis quérir. Dans son quartier, à n’importe quelle heure, il était possible de croiser dehors quelqu’un, chassé de son lit par la faim ou par des punaises. Il eut plus ou moins conscience d’être soulevé avec précaution par des mains fermes. Ici, on s’assurait de relever soigneusement une personne qui tombait en syncope, dans la crainte populaire de paralyser à vie la partie empoignée. Il se sentit bientôt déposer sur ce qui devait être le canapé défoncé de son salon. La douleur dans sa tête se faisait de plus en plus insistante. Sa mère, Rosalie courait partout, emplissant la maison de ses hurlements stridents. Jamais elle n’avait appris à garder son calme en situation d’urgence. <<Tais toi ! >> avait envie de lui crier Max mais les mots ne franchissaient pas ses lèvres engourdies. Engourdies comme le reste de son corps qu’il ne sentait déjà plus tandis que les bruits dans la pièce se convertirent peu à peu en un silence accablant, inquiétant, à peine troublé par des murmures imprécis.

Un sursaut de réalité. Les bruits avaient repris. Il crut percevoir la voix de Marguerite, l’infirmière du quartier. Cette jeune fille était diplômée mais depuis le début de ses études en infirmerie, elle était sans cesse appelée au chevet des vieillards pour contrôler leurs pressions artérielles ou sollicitée par des jeunes filles voulant se faire administrer des piqûres censées donner du volume à leurs fesses. Marguerite s’y prêtait volontiers. Dans le quartier, elle était ce qui se rapprochait le plus du médecin, personnage révéré à l’unanimité dans Morfé, qui ne comptait quasiment pas de médecin.

Quelqu’un parla d’une ambulance. Max se dit que si son état était vraiment grave, il risquait fortement de crever avant que celle-ci n’arrive enfin. Il sentit un objet humide sur son front. Une compresse. Cela le soulagea quelque peu. Et il se laissa bravement emporter par le néant qui l’aspirait. Quand Max se réveilla le lendemain, le soleil dardait de ses rayons chaque interstice de sa petite chambre. Les yeux hagards, il promena son regard partout, comme s’il découvrait pour la première fois l’endroit qui abritait son sommeil d’aussi loin qu’il se souvenait. La coiffeuse collée à son lit dont les tiroirs étaient rongés par les termites, les murs qui avaient jadis été peints en un beau vert mais qui ne présentaient plus que des touches sales de couleur çà et là. Il regarda l’ampoule poussiéreuse, le ventilateur antédiluvien qui ne servait plus, faute d’électricité. Le lit, trop vieux craquait sous son poids, il percevait les grincements du fer rouillé qui a plusieurs endroits perçait le tissu du matelas. Machinalement, il porta la main à son visage mais la cagoule ne le recouvrait plus. Il en ressentit un désappointement si puissant qu’il en fut lui-même surpris. Il s’était entiché de cette étrange cagoule à la minute où il l’avait aperçue sur le stand de Sor Judith. Une tête de mort, qu’on aurait dit animée d’une vie propre, capable de donner la chair de poule aux plus braves. Une force irrésistible semblait le porter vers cet objet qu’il voyait pour la première fois sur le stand. Max n’avait pas hésité une seconde. Cette cagoule l’avait décidé à se rendre au bal masqué organisé par Denis.

*

Denis était un excentrique. Quelques années plutôt, il avait vécu aux États Unis d’Amérique. Déporté,  il était rentré au bercail, la tête pleine de tout ce qu’il avait vu. De temps en temps, il survenait avec une idée fantasque qui alimentait pendant des semaines les discussions à Morfé. Avant ce bal, il lui était venu l’envie de donner un dîner où les convives seraient tous vêtus de blanc. L’idée avait excité des fous rires un peu partout autour de lui mais Denis n’en démordait pas. Très vite, il avait fait passer par tout le quartier des enveloppes où chacun devait déposer une modique contribution. Ceux qui avaient offert le plus d’argent avaient reçu un traitement royal à son diner. Avec indulgence, ses voisins avaient donné tout ce qu’ils avaient, parce que Denis était amusant ou peut-être aussi parce que Denis était un diaspora. Le diner avait fini par se réaliser. Le jour venu, les pauvres habitants du quartier s’y étaient présentés avec leurs pantalons bien escampés, leurs chaussures usées dont les gueules bâillaient au vent, des chemises rapiécées, d’un blanc délavé. Enfin, cahin-caha, ils s’étaient tous soumis au thème de l’événement. À défaut de vin, la bière avait coulé à flots. Et tous les participants en étaient sortis satisfaits. Alors l’idée du bal masqué fut mieux acceptée. Denis disait qu’il avait choisi de l’organiser le 2 novembre, pour fêter Halloween. Ses voisins, cette fois, n’avaient même pas essayé de comprendre.

Habituellement, Max passait ce jour au milieu des gédés, à danser jusqu’à la transe, jusqu’à l’épuisement. Ensuite, le soir, abruti de fatigue, il s’écroulait tout habillé dans son lit. Mais il avait voulu tâter autre chose cette année-là.

Au bal, les masques s’affairaient autour de lui, pour admirer de près son déguisement. Certains, un peu honteux d’eux – mêmes avaient ressenti le picotement de peur, éprouvé jadis quand, au Champ de Mars, ils se dissimulaient dans les jupes de leurs mères au passage des Charles Oscar et autres personnages folkloriques du carnaval national. Max s’était grisé de ce succès. De plus, il s’était arrangé pour ne pas laisser deviner son identité, abandonnant ainsi aux autres invités le soin de percer à jour le secret de son masque. La plupart d’entre eux  ne pouvaient détacher leurs yeux du masque, espérant peut-être le faire fondre par la seule force de leurs curiosités. Personne n’avait réussi. Du moins, c’est ce que Max avait pensé. Ses souvenirs de la soirée étaient assez flous. Mais ce qui lui était arrivé la veille s’expliquait-il par une augmentation vertigineuse de sa pression artérielle ? Et puis ne disait-on pas que dans ces cas-là, la douleur se manifestait plutôt au niveau de la nuque. Etait-ce de la sorcellerie? Max ne pensa évidemment pas à la possibilité d’une rupture d’anévrisme ou à n’importe quelle autre explication médicale à sa mésaventure. Il n’était pas sûr non plus de ne pas avoir été frappé. Parce que sinon, comment avait disparu la cagoule? Il se rappelait à présent qu’il ne la portait plus au moment où il avait été transporté. Max se laissa aller à songer. Qui aurait pu s’en prendre à lui? Un ennemi? Il en avait à la pelle…

Dans son esprit se forma l’image de Granchir. Un rictus de mépris tordit tout de suite ses lèvres et ses mains posées à plat sur le lit tremblèrent de colère. <<L’imbécile !>> se disait-il. Max revit encore le sourire hypocrite et le regard rusé de Granchir la dernière fois qu’ils s’étaient vus. Ce dernier l’avait fait amener chez lui pour lui faire une proposition. Il avait voulu le mettre de son côté. Max avait refusé.

Le rythme envoûtant et lancinant du tambour assoto qui provenait du fond de la maison ce jour-là, occupait encore l’esprit de Max. On l’avait conduit et fait s’asseoir sur une minuscule chaise de paille dans une pièce à peine éclairée par la lumière du jour filtrant à travers une lucarne. En face de lui, un bureau débordait de papiers et d’affiches présentant le visage à l’air faussement jovial de Granchir au bas d’un slogan que Max jugeait ridicule. Des bouteilles d’alcool occupaient une étagère dans le coin de la pièce. Un homme se tenait dans l’embrasure de la porte, un pistolet accroché à la ceinture. Max le connaissait pour avoir souvent joué avec lui étant enfant. Dessalines, comme on l’appelait dans le quartier était devenu un sbire de Granchir. De là où il se tenait, il avait observé Max avec une fixité hostile.

Max avait attendu de longues minutes en s’impatientant. Le bruit au fond devenait oppressant. Une voix de femme entonnait une chanson ou le nom d’Agwe  revenait régulièrement mêlé au son de pieds tapant le sol en cadence. Max avait ressenti un malaise inexplicable. La veille, il avait participé à une pareille cérémonie chez Delamare. Il s’était senti parfaitement dans son élément. La sueur, les corps qui se roulent dans la poussière, les chants qui reviennent, lancinants. Ce monde-là lui était parfaitement connu grâce à sa mère qui lui avait enseigné la foi chrétienne en même temps que  l’allégeance et la vénération envers les dieux du vaudou. Il avait compris que Granchir cherchait à s’attirer les faveurs des forces obscures. Mais la voix de cette femme l’avait remué profondément et des frissons avaient parcouru tout son corps. La chaleur dans la pièce était devenue insupportable. Il avait avancé la main vers le bureau pour se saisir d’une affiche.

<<Ne touche à rien ! Avait asséné Dessalines d’un ton tranchant au moment-même où Granchir apparaissait,  suant, les vêtements fripés et la main tendue. >>

*

Max Dorestal fut toujours un garçon joueur, sympathique et d’une ambition excessive. Il racontait à tout venant qu’un jour il serait très riche, possèderait de belles maisons qui feraient oublier à tout le monde la petite mansarde au toit de tôle de sa mère où il vivait encore à 32 ans. Il semblait tant croire à ses rêves que son engouement devenait contagieux. Ceux qui le connaissaient se surprenaient souvent à imaginer avec lui les belles voitures, les grandes maisons en béton où il pourrait donner des fêtes beaucoup plus impressionnantes que celles de Denis. On y croyait, pourtant on ne lui connaissait aucun métier et aucune grosse fortune de laquelle hériter. A l’école du Berger, sise en face de chez lui, Max avait longtemps livré bataille aux cosinus, sinus, compléments d’objets et autres, avait redoublé plus d’une fois. Mais une fois en rhéto, il eut beau multiplier les manœuvres, tricher comme ce n’est pas permis, il ne put jamais aller au-delà. Après le troisième essai infructueux, il avait finalement renoncé, sous le regard résigné de Rosalie qui n’avait pas osé tenter de l’en dissuader. Max se regimbait contre tout travail manuel. Frustré, il passait souvent des heures à argumenter sur l’inutilité des diplômes dans un pays ou le travail était l’exception, le chômage et l’inaction, les réalités avec lesquelles il fallait composer. Comme tous les désœuvrés dignes de ce nom, il avait débuté une prestigieuse carrière dans les jeux.

 À Morfé, la chasse aux occupations était lancée sept jours sur sept et il ne fallait pas s’étonner de croiser le plus noble des vieillards jouant aux billes avec le gamin le plus espiègle ou assistant à une partie de football où les bouteilles en plastique font office de ballon.

Max s’était découvert une véritable passion pour les dominos. Sitôt le café du matin bu, jusqu’à l’heure du coucher, il s’attablait avec Monel, Grovi et tous les passionnés de dominos du quartier. Les petites tables tremblaient sous les frappes victorieuses. À mesure qu’ils jouaient, ils ingurgitaient bière après bière et comme les parties duraient très longtemps, ils se retrouvaient souvent à dépenser l’argent qu’ils n’avaient pas.

Mais Max ne jouait pas toujours. Quelquefois, il s’installait avec ses amis sur les murs restants de ce qui était jadis l’une des plus belles maisons du quartier. Là, ils parlaient football, femmes, sifflaient les passantes. À l’encontre d’une d’entre elles qui auraient tenté de les ignorer, ils débitaient la liste de tous les hommes du coin qui avaient partagé son lit. Tout le monde à Morfé se connaissait plus ou moins au sens biblique du terme. C’est que là, les corps avaient fini par être mis en commun. Quand un gars gagnait une belle somme à la loterie, il se découvrait brusquement une nuée de petites amies officielles qui ne juraient que par lui et ne le lâchaient qu’après l’avoir vidé du dernier centime. On profitait ainsi allègrement l’un de l’autre. Des hommes, connus pour leurs prouesses sexuelles se faisaient entretenir par des prostituées à la retraite ou des femmes respectables insatisfaites. Les hommes usaient leurs faibles revenus pour s’offrir l’illusion du pouvoir sur les corps de femmes que les vagues de la faim et de la misère avaient fait échouer sous eux. A Morfé les grands concepts comme le féminisme, le communisme n’avaient pas lieu d’être. L’amour non plus.

Max connaissait tous les hôtels miteux à 100 kms à la ronde. Il s’était offert avec les maigres économies de Rosalie les gémissements réels ou feints de beaucoup des filles du quartier qui se pâmaient devant la plus minable chambre d’hôtel. Max les prenait sans ménagement et tenait à en avoir pour son argent. Pour sortir des hôtels, les filles prenaient toujours d’infinies précautions, certes superflues car à la minute où Max rejoignait les limites du quartier, tout le monde se trouvait informé de ses petites escapades. A Morfé, les commérages animaient le quotidien des habitants, provoquant des disputes piquantes où les colons guettent ta mère ne manquaient pas d’être au rendez-vous. Ainsi, la vie à Morfé ne différait pas tant de celle de tous les autres quartiers où vivotent une masse de prolétaires. Enfin, ainsi en était-il jusqu’aux dernières semaines.

L’esprit encore embué, Max observa un long moment Rosalie qui s’activait auprès de lui. Puis de nouveau, ses pensées s’égarèrent. Toujours en quête d’explications, il se remit une fois de plus à penser à Granchir.

Granchir était arrivé un après-midi de janvier, le front en sueur, tirant après lui d’énormes valises. Il avait observé le petit quartier les yeux luisants, un sourire satisfait accroché à ses lèvres. Ils furent nombreux à se déplacer pour assister à l’emménagement et le bonhomme jaugeait tout ce beau monde avec un air sournois. Très vite, il s’était fait une place dans la petite communauté, baladant son ventre proéminent et sa barbe broussailleuse dans tous les foyers, à tous les rassemblements. Il faisait partout montre d’une gentillesse mielleuse. Il maniait les belles paroles avec une aisance admirable. Mais malgré ses larges sourires, il avait fini par s’attirer des haines incurables dont celle de Max à qui il avait refusé un prêt. Car si Granchir était étonnamment prodigue de lui – même, il l’était très peu de sa poche alors que beaucoup lui soupçonnaient déjà une grande fortune.

Il avait fini par s’entourer d’une nuée de sympathisants qui n’avaient de cesse de s’accrocher à ses pas en l’appelant <<Monsieur le député>> avec des gestes cérémonieux. La nouvelle avait ainsi fait le tour du quartier. M. Granchir était un politicien ! Les vieillards avaient hoché la tête. Eh oui! Une telle gentillesse n’était pas normale, disaient-ils. Les femmes de Morfé l’avaient pris d’assaut. Et c’était des <<cher député>> en veux-tu, en voilà, au milieu de gloussements et de roucoulements. Granchir regardait ses partisans avec l’air assuré et indulgent d’un père.

Mais pour avoir la moindre chance, il devait affronter Delamare, celui qui ravissait quasiment la majorité des voix à chaque élection, défendait âprement sa position. Celui que Max avait soutenu  aux dernières joutes et à qui il vouait une admiration sans borne.

Morfé était un quartier surpeuplé et donc un espace non négligeable. Delamare n’y habitait pas mais il avait toujours pu compter sur les votes de ses habitants. Cependant, cette année-là, on lui avait déclaré une guerre qu’il comptait bien gagner. Morfé s’était naturellement scindé en deux camps qui s’affrontaient comme s’ils avaient été des ennemis de toujours.

Max s’était retrouvé d’emblée enrôlé dans cet atmosphère politique. Il s’était engagé dans la lutte, plein de l’adoration qu’il vouait à Delamare. Sa sympathie et son charisme faisaient de lui un adversaire dangereux. Il avait rencontré les sous-fifres du parti de Delamare, avait accroché des affiches, distribué des tracts. Son discours était une propagande perpétuelle. Il avait fait tant et si bien que Delamare avait fini par le contacter. Max était revenu métamorphosé de cette rencontre. Conscient d’une importance qui lui faisait défaut jusqu’alors, il s’était transformé. Des chemises crasseuses qu’il enfilait sur son torse poilu, il était passé aux chemises propres et bien repassées. Jamais plus, on ne le croisait avec un pantalon en dessous du niveau réglementaire. Les parties de dominos auxquelles il se prêtait, s’espaçaient et n’étaient désormais jamais désintéressées. Max se donnait de tels airs d’importance qu’on en venait à croire qu’il serait lui-même élu. Les tours à l’hôtel devinrent dès lors plus fréquents. Autour de lui, les gens se disaient qu’il était peut-être enfin tout près de réaliser tous les rêves saugrenus qu’il racontait entre deux gorgées de bière. Max racontait à tout venant que bientôt, il serait parmi les rares hommes admis comme fortunés à Morfé. Lui qui n’avait jamais travaillé de sa vie, s’extasiait déjà à l’idée du poste prestigieux qui allait lui échoir une fois Delamare réélu. Il avait pris du poids, à cause de l’imminence des dollars qu’il pouvait presque sentir, ressemblant de plus en plus à l’image qu’on se fait d’un gros homme important. Il s’était fait des ennemis mais ne s’en inquiétait pas. En avoir, c’était l’apanage des puissants.

Deux semaines avant le jour des élections, il avait été assez gravement blessé dans une rixe avec les ennemis de son idole. Rosalie avait crié autant qu’elle pouvait. Mais Max n’avait pas fait attention à elle surtout qu’à cette occasion, Delamare l’avait assuré de son soutien et encouragé à se tourner vers lui en cas de besoin. Le jour où Max était rentré au quartier avec un portable haut de gamme, il était devenu véritablement l’idole des partisans de Delamare. Il leur avait alors promis que les privilèges pleuvraient également sur eux. Un peu d’encre pour des espoirs nouveaux. Très peu à payer…

Le bal masqué donné par Denis était venu offrir un moment de répit aux consciences échauffées. Ce matin-là, Max s’était réveillé tôt. Il avait adressé une pensée à ses loas. Attirerait-il leur colère en leur faussant compagnie ? Cette année, il ne pouvait admettre que quiconque le vit, avachi et humilié aux pieds des dieux. Plus tard, il avait participé à un meeting politique chez Delamare. Là-bas, tout le monde l’avait traité avec un grand respect, renforçant chez lui le sentiment d’être important. Au moment où il laissait le lieu de rencontre, ses yeux avaient croisé ceux d’un autre membre du parti où l’espace d’une seconde avait brillé une lueur de méchanceté. Le garçon, prénommé Ronaldo, avait avancé vers Max et l’avait pris en étau dans une accolade.

– Hé mec, on dirait que tout marche bien pour toi. 

– On peut dire cela

– Tu me laisses voir ? Avait-il demandé en désignant le portable de Max.

Max le lui avait passé et s’était réjoui de voir l’envie peinte sur le visage de son interlocuteur. Ce dernier, d’ailleurs lui remit le portable sans rien dire.

-Tu vas au truc de Denis ce soir ?

Max l’avait regardé, suspicieux, cherchant une réponse convenable à donner.

– Je n’y serai pas, j’ai d’autres projets avait repris Ronaldo avant de s’en aller.

Rentré chez lui, Max avait bu, jusqu’à très tard la nuit. Il avait alors reçu un énième appel de menace. Il n’avait pas eu à se questionner longtemps sur les motifs du grief. Le cœur léger, il avait raccroché au nez de celui qui le menaçait, certain qu’il ne s’agissait encore que d’une mauvaise blague. Ses pensées s’étaient alors portées vers sa cagoule et il avait ri à l’idée que cette nuit du moins, il serait parfaitement protégé.

*

Les corridors noyés sous les immondices, puant le pissat de chien et les cigarettes que les garçons du coin fumaient par dizaine, étaient déserts à l’heure où Max avait laissé chez lui. Les quelques maisons électrifiées, jetaient des lueurs blafardes à l’extérieur. Il s’était bien assuré de ne pas être suivi. Puis avait marché jusqu’à la maison de Denis.

Là-bas, le salon brillait de mille feux et il se rappelait s’être demandé comment Denis avait réussi à couvrir de telles dépenses. Les contributions des gens du quartier n’y auraient pu suffire. Max n’était encore jamais venu chez Denis et fut surpris de voir le grand escalier au centre de la salle menant à l’étage, le beau parquet. La salle était assez large pour permettre aux invités de danser ou de s’asseoir. Max avait dû s’avouer que le travail était plutôt réussi. Les jeunes filles minaudaient telles des duchesses prétentieuses, oubliant l’espace d’une nuit, la marmaille affamée qu’elles avaient dû saouler à l’eau sucrée pour se créer un moment de liberté, le désespoir qui les habitait souvent. D’ailleurs, tous en étaient au même point, ils voulaient oublier un instant qu’ils étaient pauvres et qu’ils se tuaient malgré tout à s’accrocher à la vie de toute la force de leurs mains écorchées et de leurs jambes fatiguées de les porter pendant des heures interminables sous l’haleine brûlante du soleil tropical. Ils dansaient, riaient. Il y avait de la bière à profusion. Au coin de la pièce, des bacs débordants de fritures rappelaient à beaucoup qu’ils n’avaient pas mangé à leur faim depuis des lustres.

Max avait évolué au milieu de cette petite assemblée avec assurance, attirant les regards. Il abordait les femmes, se joignait en grossissant la voix aux discussions politiques sous les regards méfiants de ses interlocuteurs. La soirée battait son plein lorsqu’une jeune fille, légèrement ivre, l’avait entraîné dans une pièce moins éclairée. Elle portait une robe au décolleté plongeant, qui collait de si près à son corps, qu’elle semblait y avoir été cousue. S’étant soulevée sur la pointe des pieds, elle avait déposé un baiser furtif sur les lèvres de Max qui l’observait, incrédule.

– Ce soir, j’ai embrassé la mort, avait-elle murmuré en gloussant, d’une voix mélodieuse que Max avait cru reconnaitre.

Max avait voulu la saisir par la taille, mais elle s’était dérobée. Il l’avait poursuivie, enlevant sa cagoule tête-de-mort au moment où elle tournait son regard vers lui une dernière fois. Le masque qu’elle portait avait empêché à Max de distinguer son visage.

Il avait pensé longuement à elle, cette fille fantasque qui l’avait intrigué au-delà de toute expression. Si elle s’était montrée plus entreprenante, prête à s’offrir à lui pour vivre le grand frisson, Max aurait été à même de comprendre et n’en aurait pas été étonné une seconde. Mais ce geste simple était dénué de tout érotisme sauvage. Il n’était pas non plus entaché d’une quelconque pensée intéressée : cela ne cadrait pas avec le quotidien de Max. Cependant les brumes de l’alcool avaient fini par la reléguer au fond de sa mémoire. Il avait alors eu le loisir de songer à la journée du lendemain. Le bal de Denis se tenait la veille des élections. Dans quelques heures, Max devrait se retrouver en plein cœur de l’action, encourageant les hésitants, assurant le déplacement des partisans de Delamare, avant de prendre son poste d’observateur. Une journée qui s’annonçait particulièrement éreintante. Quand la fatigue avait commencé à peser de sa chape de plomb sur ses yeux, il s’était emparé d’une bière avant de sortir. Dehors, il avait laissé ses pas le mener, lentement. Son esprit était embrumé par l’alcool mais à chaque éclair de lucidité, la pensée de sa future fortune lui revenait avec force. Max était heureux. Heureux et confiant en l’avenir…

Et ce fut là qu’il s’était senti perdre pied sous les coups de butoir d’une douleur en rien comparable à tout ce qu’il avait connu. La bouteille de bière en s’écrasant sur le sol lui avait fait une petite coupure à la main. Il la regarda en même temps que ses souvenirs se précisèrent. Max se tendit comme un ressort en réalisant que la journée qu’il avait tant attendue se déroulait sans lui. Mais l’insoutenable migraine qui le terrassa à l’instant où son pied toucha terre, réfréna ses ardeurs. Il n’eut pas conscience d’avoir crié avant que Rosalie ne se précipite à son chevet, un gobelet de thé fumant à la main. Max dut ingurgiter jusqu’à la dernière goutte l’infusion de feuilles amères. Il se prit ensuite à geindre comme un enfant privé de sortie alors qu’à l’extérieur se dispute une tentante partie de football.

– Je dois y aller. On a besoin de moi dehors répétait-il

– Il n’en ait absolument pas question, s’écria Rosalie avec dans les yeux une détermination que Max ne lui connaissait pas.

– Tu ne comprends pas. C’est la journée. C’est ma journée. Delamare a besoin de moi !

– Crois-moi mon fils, dit-elle en le contemplant avec pitié, il ne s’intéresse pas plus à toi qu’à la poussière sous sa semelle. Redescends un peu sur terre.

Pour la première fois depuis très longtemps, Max fut au bord des larmes. Il savait que Delamare comprendrait sa situation mais il aurait tout de même voulu faire ses preuves, s’imposer. Pour que rien ni personne ne puisse dire par la suite qu’il n’avait pas mérité les récompenses qu’on lui offrirait. Dans ce pays, ceux qui se tiennent près des politiciens jouissaient d’énormes avantages quand ces derniers arrivaient au pouvoir. Alors pour Max qui avait été un élément déterminant dans la campagne de Delamare, ce serait encore mieux.

Il insista. Mais une seconde tentative pour se lever s’étant soldée par un échec, il se mura dans un silence hébété. L’agitation de la rue lui parvenait par bribes et l’envie de pleurer devenait de plus en plus intense. Il attendit longtemps une visite de ses amis du parti ou de Delamare lui-même dont il se croyait l’un des plus proches collaborateurs. Il finit par s’endormir.

Il se réveilla pour se rendre compte que l’horrible migraine avait encore doublé d’intensité, ce qu’il croyait impossible. Son corps était une braise ardente mais il avait en même temps très froid. Il perçut les sanglots et les cris de sa mère convoquant à la rescousse tant les loas que les saints.

– Mon fils ! Mon pauvre fils ! Depuis qu’il a porté cette affreuse cagoule qui lui faisait ressembler au diable en personne, la malchance le poursuit dit sa mère aux gens. Je l’avais pourtant tant de fois averti : Max ne porte pas cette chose effrayante ; Max ne fourre pas ton nez dans les affaires des politiciens ! On a dû préparer pour lui cette cagoule, pour me tuer mon pauvre fils ! Mon unique fils !

– Calmez-vous madame et arrêtez de dire n’importe quoi ! S’énerva une voix d’homme que Max ne reconnut pas.

Max tenta d’ouvrir les yeux mais ne vit rien. Il paniqua et son corps fut pris de tressautements que plus d’uns durent juger pas très catholiques. Quelque mauvais esprit avait dû s’emparer de ce gamin dut-on dire. Une gifle sonore s’abattit sur sa joue sous les cris redoublés de Rosalie. Le calme qui s’ensuivit fut terrifiant. L’inconscience reprit peu à peu ses droits. Des mots inaudibles se formèrent sur ses lèvres. Max sentit, avant de sombrer, un souffle glacé, tandis que des lèvres se déposaient sur les siennes et qu’une voix murmurait à son oreille:《Ce soir, j’ai embrassé la mort 》

Max ne rouvrit les yeux que trois semaines plus tard dans une froide chambre d’hôpital. Rosalie somnolait sur une chaise vis-à-vis de son lit. Elle semblait fatiguée, vidée de toute énergie. C’était Marguerite qui l’avait convaincue de conduire Max aux urgences, soupçonnant que son cas était plus complexe qu’elle ne l’avait présumé au départ. Les frais occasionnés par la durée du séjour de Max à l’hôpital avaient contraint Rosalie à libérer leur misérable masure de tout ce qu’elle contenait de meubles. Elle avait contracté plus de dettes qu’elle n’en pourrait payer de sa vie. Passée la première semaine, l’inquiétude s’était muée en panique. Et à chaque nouvelle facture, Rosalie faisait un scandale, exigeant qu’on lui rende son fils.

Ban mwen l. M konn sa pou m fè pou pitit mwen. M pa ka kite l mouri nan men nou.1

Mais devant le ton accusateur des médecins qui sortaient tout de suite leur arsenal de mots compliqués en lui demandant si elle était prête à assumer  les conséquences de son acte, qui seraient la mort inévitable de son fils, elle se taisait. Rosalie n’avait jamais été une femme téméraire.

Sitôt que Max eut esquissé un mouvement, elle s’anima. Elle se jeta sur lui, lui racontant qu’il avait passé trois semaines dans le coma, qu’elle avait cru le perdre mais n’avait jamais perdu la foi. Ses prières étaient enfin exaucées. Alléluiah !

Max ne supporta bientôt plus l’odeur de l’hôpital. À sa droite, un vieillard, honteux de ne pouvoir se diriger seul vers les toilettes, le regardait. Des mouches se collaient à lui : la dégradante image de la vieillesse. Les médecins dirent à Rosalie que Max avait eu de la chance mais elle ne saisit pas le reste de leurs explications. On lui remit une ordonnance qui augmenta son désespoir.

Max fulminait. Son séjour était un supplice de tous les instants, mais pire encore était l’inquiétude qui le rongeait à l’idée de tout ce qu’il avait manqué. Il se demandait quelles retombées pourraient avoir eu son absence aux moments forts. Mais on ne pouvait lui reprocher d’avoir été malade. Et puis, depuis son réveil, il était à un tel point persuadé d’avoir été victime de ses ennemis d’une manière ou d’une autre, qu’il était à deux doigts de se considérer comme un martyr. Il plaçait toute sa confiance en Delamare et le jour où Rosalie se lamenta devant lui sur leurs nouvelles difficultés pécuniaires, il lui répondit avec un calme imperturbable : <<T’en fais pas, j’ai des relations.>> Rosalie le supplia d’oublier tous les Granchir et les Delamare de ce monde qui n’apportaient que des soucis aux pauvres gens. Mais Max ne l’entendait pas de cette oreille.

Bientôt, il retrouva son quartier avec ses allures de dépotoir, des têtes se tournèrent sur son passage, on lui adressa des signes de la main mais beaucoup l’ignorèrent ostensiblement.

Quand Max réintégra le cercle des partisans de Delamare, il comprit très vite que son absence avait été très peu regrettée. Ronaldo, le fils de Sor Judith avait à présent dans les esprits la place qu’il avait jadis occupée. On lui raconta les détails du jour des élections comme à un non-initié aux mystères de la politique. Ronaldo semblait s’être particulièrement distingué ce jour-là. D’autres confiaient avec fierté qu’ils avaient passé la nuit en prison. On prenait plaisir à lui rappeler qu’il n’était pas là, un peu comme s’il s’était caché quand le besoin de sa présence s’était manifesté. Ils lui contèrent que la même semaine, les toutous de Granchir les avaient accusé d’avoir fraudé. Ils étaient vraiment enragés, il y avait encore peu de temps mais depuis ils s’étaient calmés. Peut-être bien que Granchir avait fini par comprendre qu’il n’était pas de taille. La victoire de Delamare était quasiment certaine.

Lorsque Ronaldo sortit de sa poche une tablette tactile neuve, avec un petit air arrogant qu’il avait peine à dissimuler, Max crut voir le reflet de ce qu’il avait été quelques semaines plus tôt. Il avala douloureusement sa salive avant de reprendre la parole :

-Tout cela est très bien. J’ai besoin de parler à Monsieur le député.

Les sous-fifres du politicien le regardèrent comme s’il avait sorti une absurdité.

– C’est impossible jeune homme lui dit un des membres du parti.

<<Voilà qu’on ne connait déjà plus mon prénom! >> se dit Max, penaud.

-Voyons Max, lui dit Ronaldo avec ce même sourire fat peint sur les lèvres, même moi, je n’ai pas mes entrées auprès du député alors toi… Les élections sont finies, mon gars. Retour à la réalité.

– J’ai besoin de parler à Delamare, prononça-t-il tout haut

On ne prit même pas la peine de lui répondre. Déçu, il s’apprêtait à s’en aller quand quelqu’un le retint et lui remit une enveloppe qu’il s’empressa d’ouvrir, espérant une explication de Delamare. A l’intérieur, il trouva un billet de 250 gourdes attaché à un papier où il put lire :

Pour services rendus,

Député D.

Max fourra le contenu de l’enveloppe dans sa poche et partit sans un mot. Il revint de cette rencontre accablé. Il regarda le quartier comme s’il ne l’avait encore jamais vu. Les tas d’immondices semblaient avoir doublé de volume. Les chiens efflanqués poursuivaient en aboyant les rats qui faisaient ripaille. On percevait à travers leurs aboiements plus implorants et plus cassants que ceux des molosses des grandes propriétés que la misère qui rongeait les hommes autour d’eux s’était étendue jusqu’à eux et les marques sur leurs pelages rêches et roussies étaient autant de preuves qu’ils servaient souvent de souffre-douleurs à leurs maîtres affamés. Deux poubelles que la mairie avait placées dans le quartier deux ans plus tôt et qu’on n’était jamais venu vider remplissaient le quartier d’effluves nauséabondes. A chaque coin de rue, il voyait une nuance plus ou moins sombre du dénuement. En face de lui, une marchande de pacotilles, se tenait derrière son étal, avec une expression fatiguée sur le visage. Çà et là, des jeunes comme lui, pariaient en assistant à des combats de chiens, riaient à gorge déployée en descendant des litres d’alcool.

Max sentit une tristesse énorme s’abattre sur ses épaules. Ses désillusions lui avaient donné une bouffée de lucidité. Pour la première fois, en observant son quartier, il éprouva un étrange sentiment d’enfermement. Comme s’il se trouvait dans un labyrinthe, incapable de s’échapper. Les gens qui habitaient aujourd’hui le quartier y avaient toujours vécu. Leurs maisons avaient été construites des dizaines d’années auparavant par leurs parents ou leurs grands-parents. Personne ne laissait jamais le quartier sinon pour se retrouver quelque part où l’existence était encore plus difficile. Il y avait aussi ceux qui étaient partis faire l’expérience d’autres cieux. Certains étaient morts en mer, les autres effacés de la mémoire commune. Denis était le seul à être revenu, avec comme ressource psychologique tout ce qu’il avait emporté de l’ailleurs où avaient traîné ses pas. Max se rendait compte qu’au fil des années et des élections successives, les conditions de vie, quand elles n’empiraient pas, demeuraient inchangées pour les habitants de Morfé. L’espoir de s’en sortir était presqu’inexistant et Max comprit confusément combien il avait été fou de sa part d’avoir des rêves et d’y croire. Max comprenait enfin la réalité et c’était douloureux. Douloureux à en perdre la tête. Là, alors qu’il éprouvait une profonde déception, il s’identifiait au dénuement et au désespoir de tout son quartier. Plus tard certainement, cette soudaine empathie disparaîtrait. Max retrouverait alors l’insouciance qui l’avait toujours caractérisé.

Distrait, Max ne remarqua, qu’au moment où ses pieds s’y posèrent, le tissu sombre devant la porte de sa maison. Il se baissa pour le ramasser et ce fut alors qu’il s’aperçut qu’il s’agissait de sa cagoule. Max l’examinait longuement, en la tournant et en la retournant dans ses mains. Elle était intacte. Il commença à l’enfoncer sur son crâne…

*

A la foule de gens qui s’amasserait  plus tard, les voisins de Rosalie expliqueraient avoir entendu un bruit sourd, comme celui d’une masse inerte qui se heurte contre le sol, suivi ou précédé de quelques secondes par un cri déchirant de femme. Les témoignages ne s’accorderaient jamais sur ce point-là. Les gens hocheraient tristement la tête en observant la ligne de sang s’arrêtant juste à l’embrasure de la porte devant laquelle Max s’était tenu deux heures plus tôt. Juste devant un tissu noir ressemblant étrangement à une tête de mort.

*

On le vit pour la première fois dans les rues de la ville par une froide soirée de décembre. Il était arrivé avec les cheveux hirsutes, le torse nu, du sang séché sous les ongles. Les gens se dirent qu’il avait certainement été vomi par l’un de ces quartiers misérables à la périphérie de la ville : Morfé, Alcatraz ou Cité Bonheur. Les années passant, il finit par devenir un élément du décor, comme une attraction touristique. Tous les jours, invariablement, on le voyait déambuler à travers les places publiques en cherchant quelque chose, une tête de mort disaient certains pour l’avoir entendu de sa bouche plusieurs fois. L’air désespéré, il marmonnait des phrases décousues où souvent revenaient les mots : député, maman, malédiction, bal, et parfois jolie fille. Ces derniers mots faisaient dire à ceux qui le voyaient et qui, souvent étaient informés de l’histoire selon laquelle le jeune homme aurait été un ancien candidat à la députation rendu fou par un concurrent, que leur cher ti depite avait dû être un tombeur à ses âges de raison.

  1. Donnez-le moi. Je sais quoi faire pour mon fils. Je ne peux pas le laisser mourir entre vos mains

Magdalee Brunache

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